La surpopulation scolaire pourrait devenir dangereuse

Publié le par Lynn

Les écoles européennes de Bruxelles sont surchargées. Les parents sont inquiets.

« C’était le chaos, ça courait partout, ça se bousculait, je n’ai rien compris, j’ai vu cette sauce me tomber dessus… » Georgia, 10 ans, élève de cinquième primaire à l’école européenne de Woluwe-St-Lambert. Il y a deux mois, elle a été sérieusement brûlée à la cantine de l’école à cause d’un ravier de sauce bouillante. Pour Georgia et ses parents, cet accident est dû à la cohue générale qui règne dans la cantine à cause de la surpopulation scolaire. Désormais pour Georgia, se rendre à la cantine est devenu stressant.

Capacité d’accueil explosée

L’accident peut sembler anodin, mais l’association des parents d’élèves de l’école européenne de Woluwe dénonce la situation de la cantine de l’école depuis des années. Les écoles européennes de Bruxelles sont surpeuplées. Ce contexte, estimé dangereux, ne devrait pas s’améliorer. Les prévisions montrent en effet que d’ici 2009, plus de dix mille élèves devraient être inscrits dans les trois écoles européennes de Bruxelles, alors que la « capacité d’accueil maximale en situation de surpopulation extrême » est de 8 900 élèves.

« On ferme les yeux ! »

« On en est au point où on ferme les yeux », critique Jean-Paul Soyer, président de cette association de parents. « Ca fait maintenant 3 ans qu’on demande un exercice d’évacuation sérieux de la cantine, on nous le refuse ! On sait pourquoi : ça montrera l’étendue de la catastrophe. L’école est dangereuse. Pour le directeur de l’école européenne, Dimitri Sfingopoulos, la sécurité est assurée dans l’école. Mais il admet qu’il existe des problèmes, notamment au niveau des transports.

Le même problème existe pour les transports. Une cinquantaine de bus rentrent et sortent de l’enceinte de l’école plusieurs fois par jour et stationnent dans la cour de récréation, faute d’alternative. Et puis le plafond de 32 élèves est souvent atteint. « On a toujours du retard à nos cours tellement il y a du monde dans les corridors aux intercours », expliquent Magalie, Clara et Victoria, élèves en cinquième secondaire. En attendant l’ouverture de la 4ème école prévue pour 2009 à Laeken, les trois écoles européennes d’Uccle, de Woluwe et d’Ixelles devront limiter le nombre de nouveaux élèves.

Cinquième école en 2015

« La situation restera gérable à la rentrée de septembre 2006 », affirme Dimitri Sfingopoulos. Mais pour les années qui suivront, une demande aux autorités belges a d’ores et déjà été faite pour une école provisoire. Une autre demande devrait bientôt être introduite pour une 5ème école européenne qui n’ouvrirait qu’en 2015, car les procédures sont longues. Mais il faut bien accueillir le flux de nouveaux élèves, conséquence directe de l’élargissement de mai 2004. Et pour éviter une nouvelle situation de crise d’ici quelques années, une seule solution : anticiper.

Une situation complexe, des torts partagés

L’ouverture d’une nouvelle implantation ne se fait pas en un jour. La procédure à mettre en œuvre est complexe, et souffre de blocages à divers niveaux. Tout cela prend énormément de temps, et des situations ingérables de surpopulation apparaissent. A qui en revient la responsabilité ?

« Si on est bloqués sur ce dossier, c’est à cause de l’incurie et de l’incompétence de la Commission européenne et des Etats-membres ! », assène Jean-Paul Soyer, président de l’association des parents d’élèves de l’école européenne de Woluwe. « Nous avions prévenu ces hautes autorités, qui décident de l’ouverture d’une nouvelle implantation, de la surpopulation qui menaçait. Elles ont ignoré nos mises en garde pour des questions de budget : ouvrir une école coûte cher. »

Communes réticentes

Pour Dimitri Sfingopoulos, directeur de l’implantation de Woluwe, les réticences se situent quelques échelons plus bas. «  Que ce soit pour construire une salle polyvalente ou un parking pour les bus scolaires, nous nous heurtons à des recours de la commune, qui doit nous délivrer les permis d’environnement et de bâtir. Malgré nos bonnes relations, Georges Désir, le bourgmestre, s’oppose depuis des années à ce que nous prenions de l’expansion. » 

Interrogé sur ce manque de coopération, le bourgmestre de Woluwe invoque un argument financier. « Le nombre de mètres carrés que nous cédons à l’école européenne ou à l’UCL ne cesse d’augmenter. Or nous ne percevons aucune taxation sur ces terrains cédés, et ce manque-à-gagner n’est compensé ni par le fédéral, ni par le régional. Il n’y a pourtant aucune règle formelle qui détermine que tout ce qui est européen doit se trouver à l’intérieur des 19 communes de Bruxelles-Capitale ! »

Personne donc pour porter le bonnet d’âne. En attendant, les classes des écoles européennes continuent à se remplir…

 

 

CELINE BRAS - CELINE OEYEN

 

Texte publié dans le quotidien « La Capitale » le 29/12/05

 

 

 

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