Le déclin de l'empire européen?

Publié le par Lynn

La natalité européenne est en chute libre, entraînant avec elle la population active. A l’heure où le taux de chômage atteint des records en Europe, et où le problème des pensions devient critique, que penser de ce chambardement de la pyramide des âges ? Un débat qui divise les experts.

D’ici à 2030, l’Union européenne devrait se voir amputer de 20,8 millions de sa population active, selon une étude de la Commission européenne. Celle-ci semble  sérieusement préoccupée par cette perspective, à en croire le directeur à la Direction Générale emploi, affaires sociales et égalité des chances de la Commission européenne, Jérôme Vignon. « Le déclin démographique est un frein à la prospérité. On n’a jamais vu, dans l’Histoire, de croissance sans berceau. » Et d’illustrer son propos par l’exemple du Japon, touché par un ralentissement de la productivité du travail depuis qu’il a freiné sa démographie.

Pourtant, aux yeux de Michel Loriaux, professeur de démographie à l’Université catholique de Louvain, la situation n’est pas alarmante. Au contraire, il considère que la Commission fait preuve d’un natalisme complètement dépassé, au lieu de se centrer sur les vrais combats, comme « la lutte pour une meilleure intégration des populations étrangères et des personnes âgées dans la société. » Intégration, un mot qui fait réagir Jérôme Vignon, surtout effrayé par le coût qu’elle risque d’engendrer, et qu’il n’estime pas particulièrement judicieux. « Compenser la baisse du nombre de travailleurs par le seul recours à la main-d’œuvre étrangère paraît difficile à envisager. »

Sur ce point, le fonctionnaire européen et le professeur louvaniste ont des avis concordants : pour Michel Loriaux, le recours à l’immigration n’enrayera pas le déclin démographique. Il affirme d’ailleurs qu’il ne faut pas essayer de stopper cette baisse de la natalité. Pour lui, la solution réside ailleurs : « Adaptons nos sociétés à ce bouleversement, au lieu d’exhorter les Européens à faire plus d’enfants. » Le directeur européen ne l’entend pas de cette oreille : des études montrent clairement que les familles européennes sont prêtes à faire plus d’enfants. « Il faut permettre aux hommes et aux femmes de concilier vie professionnelle et vie privée, et en améliorer les conditions de vie des familles. » Ce à quoi le démographe répond : « L’Europe ne recouvrera pas sa splendeur démographique du XIXe siècle. […] Le décrochage est irréversible. Mais il n’est pas pour autant inquiétant. »

Entre alarmisme et optimisme, la tâche ne sera pas simple pour nos dirigeants politiques, qui devront prendre les décisions adéquates pour les décennies à venir … tout en sachant que le risque zéro n’existe pas.

 

Texte rédigé le 13/02/06

 

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